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Sophrologie et TDAH : le guide complet pour les sophrologues

  • il y a 3 jours
  • 27 min de lecture

Comprendre le fonctionnement avant de proposer des outils


Le Trouble Déficitaire de l'Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH) est aujourd'hui l'un des troubles du neurodéveloppement les plus fréquemment rencontrés en cabinet. De plus en plus de familles, d'adolescents et d'adultes sollicitent des accompagnements complémentaires afin d'améliorer leur qualité de vie, de mieux gérer leurs émotions ou encore de retrouver un meilleur équilibre au quotidien.


Dans ce contexte, la sophrologie peut constituer un outil intéressant lorsqu'elle est intégrée dans une prise en charge globale et adaptée aux particularités du fonctionnement cognitif de la personne. Cependant, accompagner une personne présentant un TDAH ne consiste pas à appliquer un protocole de sophrologie « classique » en espérant obtenir les mêmes résultats que chez une personne neurotypique.


Un enfant qui ne parvient pas à rester immobile, qui ouvre les yeux pendant une visualisation ou qui oublie immédiatement les consignes ne manque pas nécessairement de motivation ou d'investissement. Son cerveau traite les informations différemment et mobilise davantage de ressources pour réaliser certaines tâches.


Comprendre cette réalité change profondément la manière de construire une séance.

L'objectif de ce guide est de proposer aux sophrologues une compréhension actualisée du TDAH et des pistes concrètes d'adaptation de leur pratique, afin de proposer un accompagnement plus pertinent, plus respectueux des besoins de la personne et mieux articulé avec les autres interventions éducatives, psychologiques ou médicales.


Sommaire

Dans ce guide, nous aborderons :

  1. Qu'est-ce que le TDAH ?

  2. Les fonctions exécutives : le cœur de l'accompagnement en sophrologie

  3. Pourquoi certaines séances de sophrologie ne fonctionnent pas.

  4. Les adaptations indispensables.

  5. Les erreurs les plus fréquentes.

  6. Comment construire une séance adaptée.

  7. Les questions fréquentes.


Qu'est-ce que le TDAH ?

Le Trouble Déficitaire de l'Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH) est un trouble du neurodéveloppement. Il apparaît durant l'enfance et peut persister à l'adolescence puis à l'âge adulte.


Contrairement à certaines idées reçues, le TDAH ne correspond pas à un simple manque d'attention ou à un excès d'énergie. Il s'agit d'un fonctionnement cérébral particulier qui influence notamment la capacité à réguler son comportement, ses émotions et son attention.


Le diagnostic repose sur des critères cliniques précis définis dans le DSM-5-TR et nécessite une évaluation réalisée par des professionnels formés.

Les manifestations varient fortement d'une personne à l'autre, tant dans leur intensité que dans leur expression.


Les trois types de TDAH

Le DSM-5-TR distingue trois types de TDAH.


Le TDAH à prédominance inattentive

La personne présente principalement des difficultés à maintenir son attention, à organiser son travail, à suivre des consignes complexes ou à terminer les tâches commencées.

Chez ces personnes, la distraction est souvent interprétée à tort comme un manque de motivation ou de sérieux.

En séance de sophrologie, cela peut se traduire par :

  • une perte rapide du fil des consignes ;

  • des oublis fréquents ;

  • une difficulté à maintenir une visualisation longue ;

  • un besoin de relances régulières.


Le TDAH à prédominance hyperactive-impulsive

Ici, les difficultés concernent davantage le contrôle moteur et comportemental.

La personne peut :

  • bouger constamment ;

  • parler beaucoup ;

  • répondre avant la fin des questions ;

  • interrompre les autres ;

  • avoir du mal à attendre son tour.

Pour le sophrologue, cela implique souvent d'accepter davantage de mouvement plutôt que de chercher à obtenir une immobilité prolongée.


Le TDAH de type combiné ou mixte

Les difficultés attentionnelles et les manifestations d'hyperactivité-impulsivité coexistent.

Chaque personne présente néanmoins un profil unique.

Deux enfants ayant tous deux un diagnostic de TDAH peuvent avoir des besoins très différents.


Le TDAH ne se résume pas à un problème d'attention

Pendant longtemps, le TDAH a été principalement décrit comme un trouble de l'attention.

Les connaissances scientifiques actuelles montrent une réalité beaucoup plus complexe.

Les difficultés observées concernent notamment :

  • l'inhibition comportementale ;

  • la mémoire de travail ;

  • la planification ;

  • l'organisation ;

  • la flexibilité cognitive ;

  • la gestion du temps ;

  • la régulation émotionnelle ;

  • la motivation ;

  • l'autorégulation.


Autrement dit, la difficulté n'est pas seulement de faire attention, mais également de mobiliser efficacement l'ensemble des ressources nécessaires pour atteindre un objectif.

Cette distinction est fondamentale pour le sophrologue.


Regard du sophrologue spécialisé

Lorsque nous observons un enfant quitter régulièrement sa chaise ou interrompre un exercice, notre première interprétation peut être de penser qu'il ne fait pas suffisamment d'efforts.


Or, dans le TDAH, ces comportements sont souvent la conséquence directe d'un fonctionnement exécutif particulier.

Changer notre regard permet également de changer notre posture professionnelle.

Au lieu de chercher à obtenir coûte que coûte le comportement attendu, nous pouvons adapter l'environnement, les consignes et les exercices afin de rendre la réussite plus accessible.


C'est cette logique d'adaptation qui constitue le cœur d'un accompagnement spécialisé.


Les fonctions exécutives : le cœur de l'accompagnement en sophrologie


Comprendre le cerveau avant de choisir les exercices

Si un seul chapitre devait être retenu de ce guide, ce serait probablement celui-ci.

De nombreux sophrologues cherchent naturellement à adapter leurs exercices lorsqu'ils accompagnent une personne présentant un TDAH. Pourtant, ces adaptations reposent parfois sur des intuitions ou des essais empiriques, faute de connaître précisément les mécanismes cognitifs en jeu.


Or, les difficultés rencontrées par les personnes présentant un TDAH ne concernent pas uniquement l'attention. Elles touchent également ce que les neuropsychologues appellent les fonctions exécutives.


Comprendre ces fonctions permet de changer profondément son regard sur les comportements observés en séance. Là où l'on pouvait auparavant voir un manque d'implication, une opposition ou une absence de motivation, il devient possible d'identifier les ressources cognitives réellement sollicitées par l'exercice proposé.

Autrement dit, les fonctions exécutives constituent une véritable grille de lecture pour adapter la sophrologie au fonctionnement de chaque personne.


Que sont les fonctions exécutives ?

Les fonctions exécutives correspondent à un ensemble de processus cognitifs qui permettent de contrôler volontairement nos pensées, nos comportements et nos émotions afin d'atteindre un objectif.


Elles interviennent dès qu'une situation demande plus qu'une réponse automatique.


Par exemple, elles sont mobilisées lorsque nous devons :

  • résister à une distraction ;

  • retenir plusieurs informations pendant quelques secondes ;

  • planifier une action ;

  • modifier une stratégie devenue inefficace ;

  • commencer une tâche malgré un manque d'envie ;

  • gérer nos émotions dans une situation frustrante.


Ces compétences jouent un rôle essentiel dans la vie quotidienne, mais également dans le déroulement d'une séance de sophrologie.


En effet, suivre une consigne, rester engagé dans un exercice, maintenir son attention sur une sensation corporelle ou imaginer une scène sollicitent tous, à des degrés divers, les fonctions exécutives.


Les fonctions exécutives ne sont pas "cassées"

Il est important de rappeler que les personnes présentant un TDAH ne sont pas dépourvues de fonctions exécutives.


Leur fonctionnement est moins efficient dans certaines situations, notamment lorsque la tâche est longue, peu motivante, répétitive ou qu'elle nécessite de gérer plusieurs informations simultanément.


À l'inverse, lorsqu'une activité est fortement stimulante ou suscite un intérêt marqué, ces mêmes personnes peuvent parfois mobiliser leurs ressources de manière très efficace. Ce phénomène est souvent décrit sous le terme d'hyperfocalisation.


Pour le sophrologue, cela signifie qu'un exercice ne sera pas seulement plus ou moins difficile en fonction de sa durée, mais aussi en fonction de son niveau d'intérêt, de sa clarté, de sa structure et de sa charge cognitive.


La mémoire de travail : à quoi sert-elle ?

La mémoire de travail permet de maintenir temporairement des informations en tête afin de les utiliser immédiatement.

Elle est indispensable pour suivre plusieurs consignes successives, effectuer un raisonnement ou garder en mémoire les différentes étapes d'un exercice.

En séance de sophrologie, elle est sollicitée lorsque le professionnel demande, par exemple :

« Inspirez profondément, relâchez vos épaules, puis portez votre attention sur votre respiration avant d'imaginer un lieu agréable. »

Pour une personne dont la mémoire de travail est fragile, il peut être difficile de conserver l'ensemble de ces informations suffisamment longtemps pour les mettre en œuvre.


Ce que le sophrologue peut observer

La personne accompagnée :

  • demande régulièrement que les consignes soient répétées ;

  • oublie une partie de l'exercice ;

  • réalise les étapes dans le désordre ;

  • semble "perdre le fil" au cours de la séance.

Ces comportements ne traduisent pas un manque d'écoute, mais une difficulté à conserver simultanément plusieurs informations en mémoire.


Adapter sa pratique

Quelques ajustements simples peuvent faciliter la participation :

  • donner une seule consigne à la fois ;

  • utiliser des phrases courtes ;

  • laisser le temps d'intégrer chaque étape avant d'en introduire une nouvelle ;

  • s'appuyer sur des supports visuels ou gestuels lorsque cela est pertinent ;

  • vérifier régulièrement que la personne a compris avant de poursuivre.


À éviter

  • Enchaîner plusieurs consignes sans pause.

  • Modifier fréquemment les instructions.

  • Employer des formulations longues ou complexes.


L'inhibition : à quoi sert-elle ?

L'inhibition correspond à la capacité de retenir une réponse immédiate lorsqu'elle n'est pas adaptée à la situation.

Elle permet notamment de résister aux distractions, d'attendre son tour de parole ou de contrôler une impulsion.


Chez certaines personnes présentant un TDAH, cette fonction est moins efficiente. Il peut alors être particulièrement difficile de rester immobile, de ne pas commenter spontanément un exercice ou de revenir rapidement à la tâche après une distraction.


Ce que le sophrologue peut observer

Pendant une séance, la personne peut :

  • changer fréquemment de position ;

  • manipuler un objet ;

  • interrompre le professionnel ;

  • ouvrir les yeux à plusieurs reprises ;

  • regarder autour d'elle dès qu'un bruit survient.

Ces comportements sont parfois interprétés comme un manque d'investissement, alors qu'ils reflètent souvent une difficulté à inhiber une réponse spontanée.


Adapter sa pratique

Plutôt que d'exiger une immobilité parfaite, il peut être pertinent :

  • d'autoriser certains mouvements discrets ;

  • de proposer des exercices incluant du mouvement ;

  • de prévoir des séquences plus courtes ;

  • de varier les modalités d'exploration sensorielle ;

  • d'accueillir les distractions avec souplesse avant de guider la personne vers l'exercice.


À éviter

Chercher à supprimer toute agitation peut mobiliser une part importante des ressources cognitives de la personne. L'énergie investie pour rester immobile n'est alors plus

disponible pour vivre pleinement l'exercice.


La flexibilité cognitive

La flexibilité cognitive désigne la capacité à modifier son raisonnement ou son comportement lorsqu'une situation change.

Elle permet notamment :

  • d'accepter une modification de programme ;

  • d'envisager plusieurs solutions à un problème ;

  • de passer d'une activité à une autre.

Certaines personnes présentant un TDAH peuvent avoir besoin de davantage de temps pour s'adapter à un changement, en particulier si celui-ci est imprévu.

En séance, cela peut se traduire par une difficulté à modifier un exercice en cours ou à passer rapidement d'une activité dynamique à un temps de relaxation.


Adapter sa pratique

Il est souvent utile :

  • d'annoncer les différentes étapes de la séance dès le début ;

  • de prévenir les changements avant qu'ils n'interviennent ;

  • de conserver une structure relativement stable d'une séance à l'autre.


L'initiation

L'initiation correspond à la capacité de commencer une tâche.

Contrairement à une idée répandue, certaines personnes présentant un TDAH savent parfaitement ce qu'elles doivent faire, mais éprouvent des difficultés à passer à l'action.

Ce phénomène peut également apparaître en séance lorsqu'un exercice débute.

Quelques secondes de silence peuvent alors être nécessaires avant que la personne ne s'engage réellement.

Le sophrologue gagnera souvent à éviter les injonctions répétées (« Allez, commencez… ») et à privilégier un accompagnement progressif.


La planification et l'organisation

Les fonctions de planification permettent d'anticiper les différentes étapes nécessaires à la réalisation d'un objectif.

En sophrologie, elles interviennent notamment lorsque la personne doit reproduire seule un exercice à domicile.

Un protocole comprenant six étapes complexes aura davantage de risques d'être abandonné qu'un exercice simple, clairement identifié et facilement mémorisable.

Il est donc préférable de proposer peu d'exercices, mais de favoriser leur appropriation.


La régulation émotionnelle

Les recherches actuelles montrent que de nombreuses personnes présentant un TDAH rencontrent également des difficultés de régulation émotionnelle, même si cette dimension ne figure pas parmi les critères diagnostiques du DSM-5-TR.


Certaines réactions émotionnelles peuvent être particulièrement rapides, intenses ou difficiles à moduler.


Dans ce contexte, la sophrologie peut constituer un espace d'apprentissage de l'observation des sensations corporelles et des émotions, à condition que les exercices soient adaptés aux capacités attentionnelles et exécutives de la personne.

L'objectif n'est pas de supprimer les émotions, mais d'aider progressivement la personne à mieux les reconnaître, les comprendre et développer des stratégies pour y répondre de manière plus ajustée.


Regard du sophrologue spécialisé

Les fonctions exécutives ne sont pas une notion théorique réservée aux neuropsychologues. Elles constituent un véritable fil conducteur pour analyser ce qui se passe en séance.

Avant de conclure qu'un exercice « ne fonctionne pas », il peut être utile de se demander quelles ressources cognitives il mobilise. Une visualisation longue, comportant de nombreuses consignes successives et demandant une immobilité prolongée sollicitera fortement plusieurs fonctions exécutives à la fois. Si la personne décroche, cela ne signifie pas nécessairement que l'exercice est inadapté à la sophrologie, mais peut indiquer qu'il nécessite des ajustements pour être accessible.

Cette approche invite le sophrologue à déplacer son regard : plutôt que de chercher à modifier le fonctionnement de la personne, il s'agit d'adapter l'environnement, le rythme et les modalités de la séance afin de favoriser son engagement et sa réussite.


Maintenant que nous avons compris le rôle des fonctions exécutives, une question se pose naturellement : pourquoi certaines techniques de sophrologie, pourtant efficaces dans d'autres contextes, semblent-elles parfois mettre en difficulté les personnes présentant un TDAH ?

C'est ce que nous explorerons dans la partie suivante, en analysant les mécanismes qui peuvent expliquer ces situations et les adaptations qui permettent d'y répondre.


Pourquoi certaines séances de sophrologie peuvent mettre en difficulté une personne présentant un TDAH


Adapter la méthode plutôt que vouloir changer la personne

De nombreux sophrologues témoignent d'un sentiment de frustration lorsqu'ils accompagnent une personne présentant un TDAH. Malgré leur investissement, certains exercices semblent produire peu d'effets, les consignes doivent être répétées, les visualisations sont interrompues et la personne paraît rapidement décrocher.

Face à ces situations, une interprétation fréquente consiste à penser que la personne « n'arrive pas à se concentrer » ou qu'elle « manque d'implication ».

Pourtant, une autre lecture est possible.


Et si ce n'était pas la personne qui était en difficulté avec la sophrologie… mais certaines modalités de pratique qui étaient trop exigeantes au regard de son fonctionnement cognitif ?


Cette distinction est fondamentale.

L'objectif n'est pas de renoncer aux techniques sophrologiques, mais de s'interroger sur les compétences qu'elles mobilisent et sur la manière de les rendre plus accessibles.

Autrement dit, avant de modifier la personne, il est souvent plus pertinent de modifier la séance.


Une séance de sophrologie mobilise bien plus que la relaxation

Une séance de sophrologie est souvent perçue comme un moment de détente.

En réalité, elle sollicite de nombreuses compétences cognitives.

Prenons un exercice classique :

« Installez-vous confortablement. Fermez les yeux. Prenez une profonde inspiration. Relâchez progressivement chaque partie de votre corps. Portez ensuite votre attention sur votre respiration. Imaginez maintenant un paysage agréable et observez les détails qui vous entourent. »

Cet exercice demande simultanément de :

  • comprendre les consignes ;

  • les maintenir en mémoire ;

  • inhiber les distractions extérieures ;

  • maintenir son attention pendant plusieurs minutes ;

  • construire une représentation mentale ;

  • analyser ses sensations corporelles ;

  • gérer les pensées parasites ;

  • rester engagé dans l'exercice.


Pour une personne dont plusieurs fonctions exécutives sont fragilisées, cette accumulation peut représenter une charge cognitive importante.

Le problème ne vient donc pas nécessairement de la sophrologie elle-même, mais du nombre de processus cognitifs sollicités en même temps.


La notion de charge cognitive

La charge cognitive correspond à la quantité de ressources mentales nécessaires pour réaliser une activité.

Plus une tâche demande de traiter d'informations simultanément, plus cette charge augmente.

Chez une personne présentant un TDAH, certaines ressources exécutives étant moins efficientes, une tâche apparemment simple peut devenir rapidement coûteuse.

Prenons un exemple.

Pour un sophrologue, demander :

« Inspirez profondément. »

semble être une consigne élémentaire.

Mais, pour certaines personnes, cette demande implique déjà :

  • arrêter l'activité en cours ;

  • écouter la consigne ;

  • inhiber les distractions ;

  • modifier volontairement sa respiration ;

  • percevoir ses sensations corporelles.


Si l'on ajoute ensuite :

  • fermer les yeux ;

  • détendre les épaules ;

  • imaginer un paysage ;

  • observer les sons ;

  • maintenir l'attention plusieurs minutes,

la charge cognitive augmente considérablement.


Lorsque cette charge dépasse les capacités disponibles à cet instant, plusieurs réactions peuvent apparaître :

  • agitation ;

  • décrochage ;

  • distraction ;

  • fatigue ;

  • opposition apparente ;

  • abandon de l'exercice.

Il ne s'agit pas d'un manque de volonté, mais d'un déséquilibre entre les exigences de la tâche et les ressources mobilisables.


Regard du sophrologue spécialisé

Une question peut guider la préparation de chaque séance :

« Cet exercice est-il difficile parce qu'il est sophistiqué… ou parce qu'il sollicite simultanément trop de fonctions exécutives ? »

Cette réflexion conduit souvent à simplifier les consignes, à réduire le nombre d'étapes ou à fractionner l'exercice, sans pour autant renoncer à ses objectifs.


Pourquoi les longues visualisations peuvent être difficiles

Les visualisations constituent un outil majeur en sophrologie.

Cependant, elles reposent sur plusieurs compétences cognitives :

  • maintenir son attention ;

  • conserver les consignes en mémoire ;

  • construire des images mentales ;

  • suivre un récit parfois complexe ;

  • rester engagé plusieurs minutes.


Pour certaines personnes présentant un TDAH, maintenir cet ensemble de processus peut devenir particulièrement exigeant.

Cela ne signifie pas qu'elles sont incapables de visualiser.


En revanche, elles peuvent avoir besoin :

  • de scénarios plus courts ;

  • d'un langage plus concret ;

  • de descriptions moins nombreuses ;

  • de pauses régulières ;

  • d'interactions ponctuelles avec le sophrologue.

L'objectif n'est pas de supprimer les visualisations, mais d'en ajuster la complexité.


L'immobilité n'est pas toujours synonyme de disponibilité

Dans l'imaginaire collectif, une séance réussie est parfois associée à une personne calme, immobile et silencieuse.

Pourtant, chez certaines personnes présentant un TDAH, rester immobile pendant plusieurs minutes peut représenter un effort considérable.

Cet effort mobilise lui-même les fonctions exécutives, notamment l'inhibition.

Une partie importante des ressources cognitives est alors consacrée à contrôler le mouvement.


Ces ressources ne sont plus disponibles pour :

  • écouter les consignes ;

  • observer les sensations corporelles ;

  • explorer les émotions ;

  • construire des images mentales.

Paradoxalement, demander moins d'immobilité peut parfois permettre une meilleure qualité de présence.


Exemple clinique

Léo, 9 ans, balance régulièrement ses jambes pendant les exercices.

Son premier sophrologue lui demande d'arrêter à plusieurs reprises afin qu'il reste « bien concentré ».

Léo devient de plus en plus tendu.

Il regarde autour de lui, soupire et finit par dire qu'il n'aime pas la sophrologie.

Dans une autre approche, le sophrologue accepte ces mouvements discrets tant qu'ils ne gênent pas l'exercice.

Très rapidement, Léo participe davantage aux visualisations et décrit plus facilement ses ressentis.

L'objectif n'est pas d'encourager l'agitation, mais de distinguer les mouvements qui empêchent réellement l'engagement de ceux qui constituent une stratégie spontanée d'autorégulation.


Fermer les yeux : une évidence… pas toujours

Dans de nombreuses séances, fermer les yeux est proposé presque automatiquement.

Pour certaines personnes, cela facilite le recentrage.


Pour d'autres, notamment lorsqu'elles présentent certaines particularités sensorielles ou une vigilance importante à l'environnement, cette consigne peut être inconfortable.

Certaines personnes se sentent plus en sécurité en gardant les yeux entrouverts ou en fixant un point stable.


D'autres perdent rapidement le fil de l'exercice lorsque les repères visuels disparaissent.

Il peut donc être pertinent de présenter la fermeture des yeux comme une possibilité plutôt que comme une obligation.


Les consignes longues augmentent la charge cognitive

Il est fréquent d'entendre :

« Inspirez profondément, relâchez vos épaules, observez votre respiration, imaginez maintenant une lumière bleue qui descend progressivement dans tout votre corps… »

Pour un cerveau neurotypique, cette succession reste souvent accessible.

Chez certaines personnes présentant un TDAH, chaque nouvelle information vient concurrencer les précédentes.


Résultat :

  • une partie des consignes est oubliée ;

  • l'exercice devient confus ;

  • la personne décroche progressivement.

Des consignes plus courtes, délivrées étape par étape, permettent souvent une meilleure compréhension et une participation plus active.


Le silence n'est pas toujours reposant

Le silence est souvent considéré comme un élément essentiel de la relaxation.

Cependant, certaines personnes présentant un TDAH rapportent qu'en l'absence de stimulation extérieure, leurs pensées deviennent plus envahissantes.

Le silence peut alors favoriser :

  • les ruminations ;

  • les distractions internes ;

  • les associations d'idées ;

  • l'impatience.


Dans ces situations, maintenir une guidance plus régulière ou utiliser des repères sensoriels peut faciliter le maintien de l'attention.


L'importance de la motivation

Les recherches sur le TDAH montrent que la motivation joue un rôle majeur dans la mobilisation des ressources cognitives.



Une activité perçue comme intéressante, nouvelle ou porteuse de sens mobilisera plus facilement l'attention qu'une tâche jugée monotone.

Cette caractéristique invite le sophrologue à réfléchir non seulement au contenu des exercices, mais également à leur présentation.


Personnaliser une visualisation en fonction des centres d'intérêt de la personne, varier les modalités d'exploration ou expliquer clairement l'objectif d'un exercice peut favoriser son engagement.


À retenir

Lorsque certaines techniques sophrologiques semblent difficiles pour une personne présentant un TDAH, il est utile de se poser plusieurs questions :

  • Les consignes sont-elles suffisamment simples ?

  • La durée est-elle adaptée ?

  • L'exercice sollicite-t-il trop de fonctions exécutives simultanément ?

  • La personne doit-elle consacrer une partie importante de son énergie à rester immobile ?

  • Existe-t-il une manière plus accessible d'atteindre le même objectif ?


Ces questions permettent de déplacer le regard : au lieu d'attribuer les difficultés à un manque de motivation, elles invitent le professionnel à analyser les exigences cognitives de la séance.


Comprendre pourquoi certains exercices peuvent être plus exigeants constitue une première étape. La suivante consiste à transformer cette compréhension en adaptations concrètes.

Dans la partie suivante, nous verrons comment construire une séance de sophrologie réellement adaptée au TDAH : comment formuler les consignes, structurer le déroulement de la séance, utiliser le mouvement, soutenir la motivation et favoriser l'engagement de la personne sans augmenter inutilement sa charge cognitive.


Adapter concrètement une séance de sophrologie à une personne présentant un TDAH

Il n'existe pas une séance type, mais des principes d'adaptation


Une question revient fréquemment chez les sophrologues :

« Existe-t-il une séance de sophrologie spécifique pour le TDAH ? »

La réponse est non.

Le TDAH est un trouble hétérogène. Deux personnes ayant le même diagnostic peuvent présenter des besoins très différents selon leur âge, leurs capacités cognitives, leurs particularités sensorielles, leurs centres d'intérêt, leur niveau de fatigue, leur motivation ou encore leurs éventuels troubles associés.


L'objectif n'est donc pas d'appliquer un protocole standardisé, mais de développer une démarche clinique d'adaptation.


Autrement dit, le sophrologue ne cherche pas à faire entrer la personne dans une méthode préétablie. Il ajuste sa pratique pour tenir compte du fonctionnement de celle-ci.


Principe n°1 : réduire la charge cognitive

Comme nous l'avons vu dans la partie précédente, certaines difficultés rencontrées en séance peuvent être liées à une charge cognitive trop importante.

L'un des premiers leviers consiste donc à simplifier les exercices sans en modifier l'objectif.


Avant

« Fermez les yeux, inspirez profondément, relâchez les épaules, observez votre respiration, puis imaginez une plage en ressentant le sable sous vos pieds, le bruit des vagues et la chaleur du soleil. »

Cette consigne mobilise simultanément plusieurs fonctions exécutives.


Après

« Commencez par observer votre respiration. »

Une fois cette étape intégrée :

« Maintenant, imaginez que vous êtes sur une plage. »

Puis :

« Que remarquez-vous en premier ? »

Le même exercice est conservé, mais la personne n'a plus besoin de retenir toutes les étapes en même temps.


À retenir

Réduire la charge cognitive ne signifie pas simplifier le contenu de la séance. Cela consiste à présenter les informations de manière plus accessible.


Principe n°2 : privilégier une seule consigne à la fois

Notre cerveau traite plus facilement une information lorsqu'elle est isolée.

Les consignes successives permettent également au sophrologue d'observer rapidement où apparaît la difficulté.


Par exemple :

Au lieu de demander :

« Inspirez, relâchez vos épaules et observez vos sensations. »

Il peut être plus pertinent de proposer :

« Prenez une inspiration... »

Puis :

« Relâchez doucement vos épaules... »

Puis :

« Que ressentez-vous maintenant ? »

Cette progression favorise la réussite et réduit le risque de décrochage.


Principe n°3 : donner un cadre prévisible

Les fonctions exécutives interviennent également dans l'adaptation aux changements.

Une séance dont le déroulement est stable d'une semaine à l'autre peut être plus sécurisante.

Par exemple :

  1. Temps d'accueil.

  2. Choix de l'objectif de la séance.

  3. Relaxation dynamique.

  4. Exercice principal.

  5. Temps d'échange.

  6. Choix d'un entraînement à domicile.

Cette structure peut ensuite être adaptée, mais le fait de retrouver des repères constants facilite l'engagement.


Principe n°4 : intégrer le mouvement plutôt que le supprimer

Pendant longtemps, les approches de relaxation ont parfois considéré le mouvement comme un obstacle.


Chez certaines personnes présentant un TDAH, il peut au contraire devenir un support.

Le mouvement permet parfois de maintenir l'attention, de soutenir l'engagement et de faciliter la perception des sensations corporelles.


Cela peut passer par :

  • des relaxations dynamiques ;

  • des mouvements lents synchronisés avec la respiration ;

  • des exercices debout ;

  • des déplacements courts dans la pièce lorsque cela est pertinent.

L'objectif n'est pas de multiplier les stimulations, mais de choisir celles qui soutiennent l'attention plutôt que de la disperser.


Regard du sophrologue spécialisé

Le mouvement n'est pas toujours le signe que la personne décroche.

Chez certains patients, il constitue une stratégie spontanée d'autorégulation.

Avant de chercher à le supprimer, il peut être utile de se demander :

« Ce mouvement empêche-t-il réellement la personne de participer à l'exercice ? »

Si la réponse est non, il peut parfois être préférable de l'accepter.


Principe n°5 : utiliser les centres d'intérêt

Les recherches montrent que les personnes présentant un TDAH mobilisent plus facilement leur attention lorsqu'une activité présente un intérêt particulier pour elles.

Cette caractéristique peut être utilisée de manière pertinente en sophrologie.

Par exemple, une visualisation pourra être construite à partir :

  • d'un univers apprécié par l'enfant ;

  • d'une activité sportive ;

  • d'un animal préféré ;

  • d'un paysage connu ;

  • d'une passion particulière.


L'objectif n'est pas de distraire la personne, mais d'utiliser un support qui facilite son engagement.


Cette adaptation est particulièrement intéressante chez les enfants, mais peut également être pertinente chez les adolescents et les adultes.


Principe n°6 : rendre les objectifs explicites

Certaines personnes présentant un TDAH adhèrent davantage à un exercice lorsqu'elles en comprennent l'intérêt.

Avant de commencer, il peut être utile d'expliquer simplement :

  • pourquoi cet exercice est proposé ;

  • dans quelles situations il pourra être réutilisé ;

  • ce qu'il est censé apporter.


Par exemple :

« Aujourd'hui, nous allons entraîner une respiration que tu pourras utiliser lorsque tu sentiras que la colère commence à monter. »

Cette mise en sens favorise souvent la motivation.


Principe n°7 : privilégier la qualité plutôt que la durée

Une séance plus courte mais pleinement investie sera généralement plus bénéfique qu'un exercice prolongé au cours duquel la personne décroche progressivement.

Il peut être préférable :

  • de réaliser une visualisation de trois minutes avec une attention soutenue ;

  • plutôt qu'une visualisation de dix minutes pendant laquelle la personne perd rapidement le fil.

La durée optimale dépendra bien entendu de l'âge, de l'expérience de la personne et de ses capacités du moment.


Principe n°8 : accompagner l'observation des sensations

Les personnes présentant un TDAH peuvent parfois avoir des difficultés à identifier, nommer ou différencier leurs sensations corporelles.

Le sophrologue peut soutenir cette exploration en posant des questions simples et ouvertes.


Par exemple :

  • Où ressens-tu cette sensation ?

  • Est-elle plutôt chaude ou froide ?

  • Est-elle forte ou légère ?

  • Change-t-elle lorsque tu respires ?

L'objectif n'est pas d'obtenir une réponse "correcte", mais d'accompagner progressivement le développement de la conscience corporelle.


Principe n°9 : proposer des entraînements réalistes

Les exercices à domicile jouent souvent un rôle important dans l'intégration des apprentissages.

Cependant, un entraînement trop complexe risque de ne pas être réalisé.

Il est généralement préférable de proposer :

  • un seul exercice ;

  • très court ;

  • facile à mémoriser ;

  • associé à une situation concrète.


Par exemple :

« Cette semaine, chaque fois que tu attends le bus, prends trois respirations lentes. »

Ce type d'objectif est plus facilement intégrable qu'un protocole long à réaliser chaque soir.


Tableau récapitulatif

Difficulté observée

Adaptation possible

Oublie les consignes

Une consigne à la fois

Décroche rapidement

Exercices plus courts

Bouge constamment

Intégrer du mouvement pertinent

Perd sa motivation

Utiliser ses centres d'intérêt

Se décourage facilement

Fractionner les objectifs

Difficulté à reproduire les exercices

Donner un entraînement simple et contextualisé

Ce qu'il faut éviter

Certaines pratiques peuvent involontairement augmenter les difficultés de la personne :

  • multiplier les consignes simultanées ;

  • imposer une immobilité prolongée sans objectif clinique ;

  • prolonger un exercice alors que la personne a décroché ;

  • interpréter systématiquement l'agitation comme un manque d'investissement ;

  • proposer des entraînements à domicile trop ambitieux ;

  • comparer les progrès avec ceux d'autres patients.

Chaque séance doit être ajustée au fonctionnement de la personne accompagnée plutôt qu'à une norme de pratique.


À retenir

Adapter une séance de sophrologie à une personne présentant un TDAH ne consiste pas à créer une méthode entièrement différente.

Il s'agit plutôt d'appliquer les mêmes objectifs thérapeutiques en tenant compte des particularités attentionnelles, exécutives, émotionnelles et motivationnelles de la personne.

Une adaptation pertinente ne cherche pas à diminuer les exigences de manière systématique, mais à rendre les apprentissages accessibles en réduisant les obstacles inutiles.


Les principes présentés jusqu'ici permettent d'adapter la majorité des exercices proposés en sophrologie. Reste une question essentielle : comment organiser concrètement une séance, du premier accueil jusqu'à la fin de l'accompagnement ?

Dans la partie suivante, nous construirons pas à pas une séance complète, en détaillant les objectifs de chaque étape, les points de vigilance et les adaptations possibles selon le profil de la personne.


Construire une séance de sophrologie adaptée à une personne présentant un TDAH


Une séance ne se résume pas à une succession d'exercices

Lorsque l'on débute dans l'accompagnement des personnes présentant un TDAH, il est tentant de chercher le « bon exercice » ou la « bonne visualisation ».

En réalité, la qualité d'une séance repose moins sur le choix d'une technique particulière que sur la manière dont celle-ci est introduite, adaptée et articulée avec les besoins de la personne.


Une même respiration, une même relaxation dynamique ou une même visualisation pourront être très pertinentes dans une situation… et beaucoup moins dans une autre.

Le sophrologue spécialisé ne raisonne donc pas uniquement en termes de techniques. Il construit un accompagnement en s'appuyant sur une observation clinique continue.


Avant chaque séance, plusieurs questions peuvent guider sa réflexion :

  • Quel est l'objectif de cette séance ?

  • Quels sont les besoins prioritaires aujourd'hui ?

  • Quelles fonctions exécutives risquent d'être particulièrement sollicitées ?

  • Quels ajustements permettront de favoriser l'engagement de la personne ?


Avant même la séance : préparer le cadre

Le travail du sophrologue commence avant l'arrivée du patient.

Un environnement trop stimulant peut augmenter la distractibilité, tandis qu'un cadre rassurant facilite l'engagement.

Quelques éléments méritent une attention particulière :

  • limiter les distractions visuelles inutiles ;

  • réduire les sources de bruit lorsque cela est possible ;

  • prévoir un espace permettant le mouvement si nécessaire ;

  • disposer du matériel à portée de main afin d'éviter les interruptions.

Ces ajustements simples contribuent à diminuer la charge cognitive avant même le début de la séance.


Étape 1 : l'accueil

Objectifs

L'accueil ne consiste pas uniquement à prendre des nouvelles.

Il permet :

  • d'observer l'état émotionnel du jour ;

  • d'évaluer le niveau de fatigue ;

  • d'identifier les événements marquants depuis la dernière séance ;

  • de construire l'alliance thérapeutique.


Chez une personne présentant un TDAH, cet échange constitue également un temps précieux pour ajuster la séance.


Une personne particulièrement agitée n'aura probablement pas les mêmes besoins qu'une personne fatiguée après une journée d'école ou de travail.


Quelques questions utiles

  • Comment s'est passée ta journée ?

  • Qu'est-ce qui t'a demandé le plus d'énergie aujourd'hui ?

  • Y a-t-il eu un moment difficile cette semaine ?

  • Qu'aimerais-tu réussir aujourd'hui ?

Ces questions permettent souvent d'orienter naturellement le contenu de la séance.


Regard du sophrologue spécialisé

Le TDAH est marqué par une importante variabilité.

Une personne peut disposer de nombreuses ressources un jour et rencontrer davantage de difficultés le lendemain.


Il est donc rarement pertinent de reproduire exactement la même séance d'une semaine à l'autre sans tenir compte de son état du moment.


Étape 2 : définir un objectif clair

Avant de commencer les exercices, il est utile que la personne sache pourquoi elle est là.

Chez certains patients, la motivation augmente lorsqu'ils comprennent le sens des exercices proposés.


Un objectif simple et concret est souvent préférable à un objectif très général.


Par exemple :

  • apprendre à reconnaître les premiers signes de la colère ;

  • retrouver son calme avant un contrôle ;

  • mieux percevoir les tensions corporelles ;

  • préparer un entretien important ;

  • développer une routine de récupération après une journée chargée.


Étape 3 : commencer par mobiliser le corps

Chez de nombreuses personnes présentant un TDAH, entrer immédiatement dans une relaxation statique peut être difficile.


Une phase de mobilisation corporelle permet souvent une transition plus progressive.

Selon les besoins, cette étape peut inclure :

  • quelques mouvements de relaxation dynamique ;

  • des étirements doux ;

  • des mouvements synchronisés avec la respiration ;

  • un travail d'ancrage.


Cette séquence n'a pas pour objectif de « fatiguer » la personne, mais de favoriser une disponibilité corporelle et attentionnelle.


Étape 4 : installer progressivement le recentrage

Le recentrage ne s'obtient pas toujours instantanément.

Plutôt que de demander immédiatement :

« Portez votre attention sur votre respiration pendant plusieurs minutes. »

il peut être plus pertinent de guider progressivement l'attention.

Par exemple :

  • sentir les points d'appui sur le siège ;

  • observer les pieds en contact avec le sol ;

  • écouter un son présent dans la pièce ;

  • percevoir les mouvements de la respiration.

Cette progression aide certaines personnes à maintenir plus facilement leur engagement.


Étape 5 : choisir l'exercice principal

Le choix de l'exercice dépend toujours de l'objectif défini en début de séance.

Quelques exemples :

Objectif

Pistes d'intervention

Identifier les tensions corporelles

Scan corporel simplifié

Préparer une situation stressante

Visualisation adaptée

Développer l'autorégulation

Respiration associée à un ancrage

Favoriser la récupération

Relaxation dynamique suivie d'un temps de calme

Renforcer la confiance

Évocation d'une réussite vécue

L'objectif n'est pas de multiplier les techniques, mais de choisir celle qui répond le mieux au besoin identifié.


Adapter sa posture pendant l'exercice

Le sophrologue n'est pas seulement celui qui guide un exercice.

Il observe en permanence :

  • les signes de fatigue ;

  • les changements de posture ;

  • les variations attentionnelles ;

  • les réactions émotionnelles ;

  • les manifestations sensorielles.


Ces observations permettent d'ajuster la séance en temps réel.

Par exemple :

  • ralentir si les consignes deviennent trop nombreuses ;

  • raccourcir une visualisation ;

  • proposer un retour au mouvement ;

  • reformuler une consigne.

Cette souplesse constitue une compétence essentielle.


Exemple clinique

Élise, 13 ans, commence une visualisation destinée à préparer un oral.

Après deux minutes, elle ouvre les yeux, regarde autour d'elle et commence à manipuler la fermeture éclair de son sweat.

Une première interprétation pourrait être qu'elle ne suit plus l'exercice.


Le sophrologue choisit plutôt de lui demander :

« Souhaites-tu que nous reprenions à partir d'ici ou préfères-tu que je raccourcisse la visualisation ? »

Élise répond qu'elle a perdu le fil parce qu'il y avait « trop de choses à imaginer ».

Le professionnel simplifie alors la scène et recentre la visualisation sur un seul objectif : entrer dans la salle et s'installer.

La jeune fille reste engagée jusqu'à la fin de l'exercice.

Cet exemple illustre l'importance d'ajuster la séance plutôt que de considérer le décrochage comme un échec.


Étape 6 : favoriser la verbalisation

Le temps d'échange qui suit les exercices constitue une étape essentielle.

Il permet :

  • d'identifier les ressentis ;

  • de renforcer les prises de conscience ;

  • d'aider la personne à mettre des mots sur son expérience.

Certaines personnes présentant un TDAH peuvent avoir besoin d'un accompagnement plus structuré.


Au lieu de demander :

« Alors, qu'as-tu ressenti ? »

il peut être plus aidant de proposer :

  • Quelle partie de l'exercice t'a semblé la plus facile ?

  • À quel moment ton attention est-elle partie ailleurs ?

  • Qu'est-ce qui t'a aidé à revenir ?

  • Y a-t-il une sensation que tu aimerais retrouver dans la semaine ?

Ces questions facilitent souvent l'analyse de l'expérience vécue.


Étape 7 : préparer le transfert dans le quotidien

Une séance n'a de sens que si les apprentissages peuvent progressivement être réinvestis dans la vie quotidienne.

Le sophrologue peut donc conclure en identifiant avec la personne :

  • un exercice simple ;

  • une situation précise dans laquelle l'utiliser ;

  • un objectif réaliste jusqu'à la prochaine séance.


Par exemple :

« Cette semaine, lorsque tu sentiras que tu commences à t'énerver avec ton frère, essaie de refaire les trois respirations que nous avons travaillées aujourd'hui. Nous verrons ensemble ce que tu as observé. »

Cette contextualisation favorise l'appropriation des outils.


Les erreurs les plus fréquentes pendant une séance

Même avec une bonne connaissance du TDAH, certains écueils restent fréquents :

  • vouloir terminer coûte que coûte un exercice prévu ;

  • multiplier les techniques dans une même séance ;

  • considérer le mouvement comme un problème en soi ;

  • proposer des exercices trop longs ;

  • chercher une relaxation profonde à chaque rencontre ;

  • oublier de donner du sens aux exercices.


Le rôle du sophrologue n'est pas de faire entrer la personne dans un protocole, mais d'utiliser les techniques sophrologiques au service de ses objectifs.


À retenir

Une séance adaptée au TDAH repose moins sur des exercices spécifiques que sur une posture clinique d'observation et d'ajustement.

Le sophrologue s'appuie sur les connaissances relatives aux fonctions exécutives, à la régulation émotionnelle et à la motivation pour construire un accompagnement individualisé.

Cette approche permet de proposer des séances plus accessibles, tout en respectant le fonctionnement propre de chaque personne.


Les limites de la sophrologie dans l'accompagnement du TDAH

Une approche complémentaire, jamais un traitement du TDAH

La sophrologie suscite un intérêt croissant auprès des personnes présentant un TDAH et de leurs familles. Les objectifs poursuivis sont variés : apprendre à mieux gérer son stress, développer une meilleure conscience corporelle, favoriser la récupération, accompagner la régulation émotionnelle ou encore retrouver un sentiment de contrôle dans certaines situations du quotidien.


Cependant, il est essentiel de rappeler que la sophrologie ne traite pas le TDAH.

Le TDAH est un trouble du neurodéveloppement dont l'origine est multifactorielle et dont la prise en charge repose sur une évaluation clinique approfondie ainsi que, lorsque cela est indiqué, sur une approche multimodale associant différents professionnels.


La sophrologie peut s'inscrire dans cette démarche globale, mais elle ne remplace ni un diagnostic médical, ni une intervention psychologique, ni une rééducation, ni un traitement médicamenteux lorsque celui-ci est indiqué.


Présenter clairement ces limites constitue un enjeu éthique majeur pour le sophrologue et toute la profession.


Ce que la sophrologie peut raisonnablement apporter

Lorsqu'elle est adaptée au fonctionnement de la personne et intégrée dans une prise en charge coordonnée, la sophrologie peut contribuer à travailler certains objectifs.

Par exemple :

  • développer la conscience des sensations corporelles ;

  • apprendre à identifier les premiers signes d'une montée émotionnelle ;

  • expérimenter différentes stratégies de respiration ou de récupération ;

  • favoriser des temps de pause dans une journée très sollicitante ;

  • soutenir le développement de routines de bien-être ;

  • renforcer le sentiment d'efficacité personnelle lorsqu'une personne constate qu'elle dispose d'outils qu'elle peut mobiliser dans certaines situations.

Ces objectifs concernent l'accompagnement de la personne dans son quotidien. Ils ne modifient pas les mécanismes neurodéveloppementaux à l'origine du TDAH.


Regard du sophrologue spécialisé

Accepter les limites de son champ de compétence n'affaiblit pas sa pratique.

Au contraire, c'est souvent ce qui permet d'établir une relation de confiance durable avec les familles et avec les autres professionnels.


Reconnaître qu'un enfant aura parfois besoin d'un neuropsychologue, d'un psychologue, d'un orthophoniste, d'un ergothérapeute, d'un médecin ou d'un éducateur spécialisé ne diminue en rien la place de la sophrologie. Cela montre que le sophrologue s'inscrit dans une démarche collaborative, centrée sur les besoins de la personne.


L'importance du travail pluridisciplinaire

Les personnes présentant un TDAH bénéficient souvent d'accompagnements complémentaires.


Selon les besoins, plusieurs professionnels peuvent intervenir :

  • médecin généraliste ;

  • pédiatre ;

  • pédopsychiatre ou psychiatre ;

  • psychologue ;

  • neuropsychologue ;

  • orthophoniste ;

  • psychomotricien ;

  • ergothérapeute ;

  • éducateur spécialisé ;

  • enseignant référent ;

  • AESH et enseignant ;

  • ...

La sophrologie trouve pleinement sa place lorsqu'elle vient compléter ces interventions, dans le respect des compétences de chacun.


Cette collaboration favorise une meilleure cohérence des objectifs proposés à la personne accompagnée.


La nécessité d'une formation spécifique

Accompagner une personne présentant un TDAH ne consiste pas simplement à proposer des exercices de respiration ou de relaxation.

Cela implique de comprendre :

  • le fonctionnement des fonctions exécutives ;

  • les mécanismes de la motivation ;

  • les particularités sensorielles ;

  • les difficultés de régulation émotionnelle ;

  • les stratégies d'adaptation ;

  • les limites de son intervention.


Sans ces connaissances, certaines pratiques risquent d'être inadaptées, voire de placer la personne en situation d'échec.

C'est pourquoi une formation spécifique constitue un véritable levier de qualité dans l'accompagnement.


Il ne s'agit pas de transformer le sophrologue en spécialiste du diagnostic ou de la rééducation, mais de lui permettre d'ajuster sa pratique avec davantage de pertinence et de sécurité.


Que dit la littérature scientifique ?

À ce jour, les données scientifiques concernant spécifiquement la sophrologie dans l'accompagnement du TDAH restent limitées.


Certaines études explorent les effets d'interventions incluant des techniques de respiration, de relaxation ou de pleine conscience sur différents aspects tels que le stress, la régulation émotionnelle ou le bien-être. Toutefois, ces résultats ne permettent pas de conclure que la sophrologie constitue un traitement du TDAH.



Cette absence de preuves solides ne signifie pas que la sophrologie est inefficace. Elle invite plutôt à adopter une posture prudente et à distinguer :

  • les observations cliniques issues de la pratique ;

  • les hypothèses théoriques ;

  • les résultats actuellement démontrés par la recherche.

Cette distinction est essentielle pour proposer une information loyale aux personnes accompagnées.


Une pratique fondée sur la prudence et l'humilité

La qualité d'un accompagnement ne repose pas uniquement sur les techniques utilisées.

Elle dépend également de la capacité du professionnel à reconnaître les limites de son intervention, à orienter lorsque cela est nécessaire et à travailler en complémentarité avec les autres acteurs impliqués.

Dans cette perspective, la sophrologie peut constituer un espace d'apprentissage, d'expérimentation et de développement de ressources personnelles, à condition qu'elle soit intégrée dans une approche globale, individualisée et respectueuse des données actuelles de la science.


À retenir

Une pratique éthique de la sophrologie dans le TDAH repose sur trois principes essentiels :

  • reconnaître que la sophrologie ne traite pas le trouble, mais peut accompagner certains objectifs de qualité de vie et d'autorégulation ;

  • adapter les séances au fonctionnement neurodéveloppemental de la personne plutôt que chercher à normaliser ses comportements ;

  • travailler en complémentarité avec les autres professionnels impliqués dans son accompagnement.


Notre philosophie


Au sein du Réseau des Sophrologues spécialisés en TND, nous faisons le choix d'une pratique fondée sur trois principes essentiels :

  • Actualiser régulièrement nos connaissances à partir des recommandations et de la littérature scientifique.

  • Adapter la sophrologie au fonctionnement de la personne, plutôt que chercher à faire entrer celle-ci dans un protocole standardisé.

  • Travailler en complémentarité avec les autres professionnels, dans le respect des compétences de chacun et des besoins de la personne accompagnée.


Nous sommes convaincus qu'une sophrologie spécialisée dans les troubles du neurodéveloppement gagne à s'appuyer autant sur les connaissances issues de la recherche que sur l'expérience clinique et la collaboration interdisciplinaire.

 
 
 

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