Sophrologie et TSA : comment accompagner un enfant avec un trouble du spectre de l’autisme ?
- il y a 6 jours
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Le trouble du spectre de l’autisme (TSA) est un trouble du neurodéveloppement qui peut avoir des répercussions importantes sur la vie quotidienne de l’enfant et de sa famille.
Chaque enfant avec un TSA possède cependant un profil qui lui est propre. Ses capacités de communication, ses particularités sensorielles, ses intérêts, ses besoins de prévisibilité, ses capacités d’adaptation ou encore sa manière d’exprimer ses émotions peuvent être très différents d’un enfant à l’autre.
Dans ce contexte, peut-on proposer de la sophrologie à un enfant avec un TSA ?
Oui, la sophrologie peut trouver sa place dans un accompagnement complémentaire, notamment lorsqu’elle répond à un besoin précis de l’enfant. Mais elle doit être adaptée à son fonctionnement et à ses besoins, et ne peut pas être proposée comme une méthode destinée à « traiter » l’autisme.
C’est précisément cette adaptation qui fait toute la différence.
Qu’est-ce que le trouble du spectre de l’autisme ?
Le trouble du spectre de l’autisme, ou TSA, est un trouble du neurodéveloppement.
Il se manifeste notamment par des particularités durables dans la communication et les interactions sociales, associées à des comportements, intérêts ou activités restreints et répétitifs. Ces manifestations peuvent prendre des formes très différentes selon les personnes.
Le terme « spectre » est donc particulièrement important.
Il n’existe pas un seul profil d’enfant autiste.
Certains enfants parlent beaucoup, d’autres très peu ou pas du tout. Certains ont besoin d’importants aménagements dans leur quotidien, tandis que d’autres disposent d’une grande autonomie mais rencontrent des difficultés importantes dans certaines situations sociales, sensorielles ou émotionnelles.
Les particularités peuvent également évoluer avec l’âge et selon les environnements.
C’est pourquoi il est essentiel de ne pas réduire un enfant à son diagnostic.
Le TSA est une caractéristique de son fonctionnement, mais il ne résume pas qui il est.
Les recommandations de la Haute Autorité de Santé publiées en 2026 rappellent d’ailleurs l’importance d’un accompagnement individualisé, construit à partir des besoins, des capacités et du fonctionnement de chaque enfant ou adolescent.
Pourquoi proposer de la sophrologie à un enfant avec un TSA ?
La sophrologie est une méthode psychocorporelle qui utilise notamment des exercices de respiration, de détente corporelle, de mobilisation des sensations et d’évocation positive.
Dans notre approche au sein du réseau des sophrologues spécialisés en TND, nous ne considérons pas la sophrologie comme une réponse au TSA lui-même.
Nous cherchons plutôt à utiliser certains outils de la sophrologie pour répondre à des besoins identifiés chez l’enfant.
Par exemple :
apprendre à identifier certaines sensations corporelles ;
mieux reconnaître et nommer ses émotions ;
expérimenter des stratégies d’apaisement ;
se préparer à une situation particulière ;
retrouver son calme après une situation vécue comme difficile ;
développer progressivement des outils qu’il pourra réutiliser dans son quotidien ;
renforcer le sentiment de compétence et la confiance en ses propres capacités.
L'objectif n'est donc pas de modifier les caractéristiques autistiques de l'enfant.
Il est de lui permettre de développer des ressources qui pourront lui être utiles dans certaines situations du quotidien.
La sophrologie doit être adaptée au fonctionnement de l'enfant
C'est probablement l'un des points les plus importants lorsqu'on souhaite accompagner un enfant avec TSA. Une séance de sophrologie construite pour un enfant neurotypique ne sera pas nécessairement adaptée à un enfant autiste. La sophrologie peut être particulièrement adaptée aux enfants et adolescents présentant un TSA sans déficience intellectuelle, notamment lorsqu’ils disposent de capacités de communication et de compréhension suffisantes pour participer activement aux exercices proposés.
Et adapter une séance ne signifie pas simplement « simplifier les exercices ».
Il faut d'abord chercher à comprendre comment cet enfant fonctionne.
Avant même de proposer un exercice, le sophrologue peut notamment s'interroger sur :
Comment l'enfant communique-t-il ?
Comprend-il facilement les consignes verbales ?
A-t-il besoin de supports visuels ?
Comment manifeste-t-il son stress ?
Quelles situations sont particulièrement difficiles pour lui ?
Quelles sont ses particularités sensorielles ?
A-t-il besoin de connaître à l'avance le déroulement de la séance ?
Quels sont ses centres d'intérêt ?
Qu'est-ce qui l'aide habituellement à retrouver son calme ?
Quelles sont ses forces et ses compétences ?
Ces informations vont permettre de construire une séance réellement individualisée.
Les particularités sensorielles : un élément à ne pas négliger
Les particularités sensorielles sont particulièrement importantes à prendre en compte lorsqu'on accompagne un enfant avec TSA. Certains enfants peuvent être particulièrement sensibles à certains sons, à la lumière, aux odeurs, au toucher ou à certaines sensations corporelles. À l'inverse, certains peuvent rechercher certaines stimulations.
Cela peut avoir des conséquences très concrètes sur la manière de proposer une séance.
Par exemple, une musique que nous considérons comme relaxante peut être désagréable pour un enfant. Une odeur habituellement associée à la détente peut être trop intense.
Un exercice impliquant un contact corporel peut être inconfortable. Une lumière tamisée peut être apaisante pour certains enfants et perturbante pour d'autres.
Il n'existe donc pas de « séance sensorielle type » pour un enfant avec TSA.
Le professionnel doit observer, questionner et ajuster.
Cette attention portée aux particularités de fonctionnement rejoint d'ailleurs les recommandations de la HAS, qui soulignent la nécessité d'adapter les interventions et les différents environnements aux besoins spécifiques des personnes autistes.
La prévisibilité : un véritable outil pour sécuriser la séance
Pour certains enfants avec TSA, ne pas savoir ce qui va se passer peut être une source importante d'inquiétude.
La séance de sophrologie peut donc elle-même être pensée comme un espace prévisible et sécurisant.
Plutôt que de simplement annoncer :
« Aujourd'hui, nous allons faire de la sophrologie. »
On peut présenter concrètement les différentes étapes :
1. On se dit bonjour
2. On regarde comment tu te sens
3. On fait un exercice
4. On joue
5. On termine la séance
Selon l'enfant, cette organisation peut être présentée oralement, mais aussi sous forme de pictogrammes, de photos ou d'un planning visuel.
Le fait de connaître le début, les différentes étapes et la fin de la séance peut permettre à certains enfants d'aborder le rendez-vous plus sereinement.
Là encore, l'objectif n'est pas d'appliquer systématiquement un outil.
On observe le besoin de l'enfant et on adapte.
Utiliser les centres d'intérêt de l'enfant
Un enfant avec TSA peut présenter des centres d'intérêt particulièrement développés, parfois appelés intérêts restreints.
Ces intérêts peuvent constituer une véritable porte d'entrée pour créer la relation et faciliter les apprentissages. Imaginons par exemple un enfant passionné par les dinosaures.
Plutôt que de lui proposer un exercice de respiration présenté comme :
« Nous allons maintenant faire un exercice de respiration. »
On peut imaginer :
« On va essayer de faire une respiration de dinosaure. Est-ce que tu veux essayer ? »
Le principe de l'exercice peut rester le même, mais son habillage devient beaucoup plus proche de l'univers de l'enfant.
Un enfant passionné par les véhicules pourra imaginer un moteur qui démarre et ralentit.
Un enfant passionné par les abeilles pourra imaginer le déplacement d'une abeille, observer les vibrations, les sons ou les mouvements.
Un enfant passionné par Minecraft pourra construire mentalement son espace calme.
L'intérêt n'est pas de transformer toute la séance en jeu.
Il s'agit plutôt de partir de ce qui fait sens pour l'enfant afin de créer un point d'accroche.
La psychoéducation : comprendre pour mieux s'accompagner
Dans notre approche de la sophrologie adaptée aux TND, nous accordons également une place importante à la psychoéducation.
L'enfant peut avoir besoin de comprendre ce qui lui arrive.
Pourquoi est-ce que je me sens comme ça ?
Pourquoi certains bruits me font-ils mal ?
Pourquoi est-ce que je me mets parfois très en colère ?
Pourquoi est-ce que j'ai besoin de m'isoler ?
Pourquoi est-ce que certaines situations sont beaucoup plus difficiles pour moi que pour les autres ?
Mettre des mots sur son fonctionnement peut permettre à l'enfant de mieux comprendre certaines de ses réactions.
Le sophrologue ne pose évidemment pas de diagnostic et ne se substitue pas aux professionnels qui interviennent dans le parcours de l'enfant.
Il peut cependant contribuer, dans les limites de son champ d'intervention, à aider l'enfant et sa famille à mieux comprendre certaines particularités et à identifier des stratégies adaptées au quotidien.
Et les émotions dans tout ça ?
Les émotions constituent une demande fréquente des familles qui consultent un sophrologue.
Un enfant peut avoir du mal à identifier ce qu'il ressent, à mettre des mots sur son état intérieur ou à comprendre ce qui déclenche certaines réactions.
Là encore, il est important de ne pas partir du principe que tous les enfants avec TSA vivent leurs émotions de la même manière.
Le travail peut commencer par quelque chose de très concret :
« Comment tu sais que tu es en colère ? »
Plutôt que de demander uniquement :
« Quelle émotion ressens-tu ? »
On peut explorer les manifestations corporelles :
Est-ce que ton cœur bat plus vite ?
Est-ce que tes muscles se contractent ?
Est-ce que tu as chaud ?
Est-ce que tu as envie de bouger ?
Est-ce que tu as besoin de t'éloigner ?
Cette approche permet progressivement de faire le lien entre sensation corporelle, émotion et comportement.
Les recommandations HAS soulignent d'ailleurs l'intérêt d'aider les personnes autistes à mettre des mots ou des supports visuels sur leurs sensations, ressentis et émotions, notamment dans certaines situations potentiellement anxiogènes.
Des exercices courts et concrets
Avec certains enfants, une séance de sophrologie traditionnelle peut être trop longue ou trop abstraite.
Il peut alors être préférable de proposer des exercices courts, concrets et facilement reproductibles.
L'objectif est que l'enfant puisse progressivement se dire :
« Quand je suis dans cette situation, je peux faire ça. »
C'est particulièrement intéressant lorsque l'enfant peut ensuite utiliser l'outil :
à la maison ;
à l'école ;
avant une situation anxiogène ;
après une situation difficile ;
avant un rendez-vous médical ;
lorsqu'il ressent une montée émotionnelle.
Le sophrologue ne cherche donc pas simplement à faire vivre un moment de détente à l'enfant.
Il cherche à lui permettre de devenir progressivement acteur de ses propres stratégies d'apaisement, lorsque cela est possible et adapté à son niveau de développement.
À quoi peut ressembler une séance de sophrologie avec un enfant avec TSA ?
Il n'existe évidemment pas de séance universelle.
Cependant, une séance peut par exemple être structurée autour de plusieurs temps :
Un temps d'accueil
On retrouve l'enfant, on prend des nouvelles et on observe son état du jour.
Un rappel du déroulement
On présente les différentes étapes de la séance afin de favoriser la prévisibilité.
Un temps de psychoéducation
On peut revenir sur une émotion, une sensation ou une situation rencontrée par l'enfant.
Un exercice de sophrologie adapté
Respiration, mouvement, détente, perception corporelle ou évocation positive peuvent être proposés en fonction de l'objectif défini.
Un temps de retour
L'enfant peut exprimer ce qu'il a ressenti, avec les moyens de communication qui lui correspondent.
Une généralisation
On cherche avec lui quand et comment il pourrait réutiliser cet outil dans son quotidien.
Cette dernière étape est essentielle.
Si l'enfant apprend un exercice uniquement dans le cabinet mais ne sait pas à quoi il peut servir ailleurs, son intérêt restera limité.
Le rôle du sophrologue auprès d'un enfant avec TSA
Accompagner un enfant avec TSA nécessite de connaître les limites de son propre champ professionnel.
Le sophrologue ne pose pas de diagnostic, ne remplace pas le médecin, le psychologue, le neuropsychologue, le psychomotricien, l'ergothérapeute, l'orthophoniste ou les autres professionnels qui peuvent intervenir auprès de l'enfant.
La sophrologie doit rester complémentaire aux accompagnements nécessaires à l'enfant.
Lorsque cela est possible, le travail en pluridisciplinarité permet également de mieux comprendre les besoins de l'enfant et d'éviter que chaque professionnel travaille de manière isolée.
C'est une valeur importante du réseau des sophrologues spécialisés en TND : les professionnels s'engagent à ne pas se substituer aux professionnels de santé et à collaborer avec les autres intervenants qui accompagnent l'enfant et sa famille.
La HAS rappelle également l'importance de la coordination entre les différents acteurs du parcours de l'enfant et de l'adolescent autiste.
Et la place des parents ?
Lorsqu'un enfant est accompagné, il est difficile de dissocier complètement son fonctionnement de son environnement quotidien.
Les parents sont souvent les personnes qui connaissent le mieux leur enfant.
Ils peuvent apporter des informations précieuses sur :
ses habitudes ;
ses centres d'intérêt ;
ses difficultés ;
ses signes de stress ;
ses stratégies d'apaisement ;
les situations qui déclenchent certaines réactions ;
ce qui fonctionne déjà à la maison.
Le sophrologue peut également leur transmettre les exercices proposés à l'enfant lorsque cela est pertinent.
L'objectif n'est pas de demander aux parents de devenir thérapeutes de leur enfant.
Il s'agit plutôt de leur permettre de comprendre les outils proposés et de savoir comment leur enfant peut éventuellement les réutiliser dans son quotidien.
L'accompagnement des familles fait ainsi partie intégrante de notre approche des TND.
Dans quelles situations consulter un sophrologue spécialisé en TSA ?
Une famille peut rechercher un accompagnement complémentaire lorsqu'elle identifie chez son enfant certaines difficultés particulières.
Par exemple :
difficultés à identifier ou exprimer ses émotions ;
anxiété dans certaines situations ;
besoin d'outils pour retrouver son calme ;
difficultés à gérer certaines situations nouvelles ;
appréhension avant un rendez-vous ou un événement particulier ;
difficultés à identifier certaines sensations corporelles ;
besoin de développer des stratégies personnelles d'apaisement ;
manque de confiance en soi.
Chaque demande doit cependant être étudiée individuellement.
Le rôle du sophrologue n'est pas de proposer automatiquement la même réponse à tous les enfants avec TSA.
Il doit chercher à comprendre la demande, les besoins de l'enfant et son environnement, puis déterminer si son accompagnement est pertinent.
Sophrologie et TSA : une approche individualisée
Accompagner un enfant avec TSA ne consiste donc pas à appliquer une « sophrologie spéciale autisme ».
Il s'agit plutôt de connaître les particularités liées au TSA pour pouvoir adapter sa pratique.
Adapter le vocabulaire.
Adapter la durée des exercices.
Adapter les supports.
Adapter l'environnement.
Adapter les consignes.
Prendre en compte les particularités sensorielles.
S'appuyer sur les centres d'intérêt lorsque cela est pertinent.
Respecter le besoin de prévisibilité.
Et surtout, observer l'enfant plutôt que de chercher à le faire entrer dans une séance préétablie.
C'est cette posture qui permet de proposer un accompagnement respectueux de son fonctionnement.
Sophrologie et TSA : ce qu'il faut retenir
Le trouble du spectre de l'autisme concerne des profils très différents.
Il n'existe donc pas une seule manière d'accompagner un enfant avec TSA.
La sophrologie peut constituer un accompagnement complémentaire, lorsqu'elle répond à un besoin identifié et qu'elle est adaptée au fonctionnement de l'enfant.
Elle peut notamment permettre de travailler autour de la connaissance de soi, des sensations corporelles, des émotions, de l'apaisement ou encore de la préparation à certaines situations.
Mais pour être pertinente, elle doit être pensée à partir de l'enfant et non à partir d'un protocole standardisé.
Le rôle du sophrologue spécialisé en TND est précisément de connaître les particularités des troubles du neurodéveloppement, tout en conservant une posture professionnelle claire et en travaillant, lorsque cela est possible, en complémentarité avec les autres professionnels qui accompagnent l'enfant.
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Le Réseau des sophrologues spécialisés en TND propose une formation destinée aux sophrologues ayant déjà suivi leur formation initiale.
Cette spécialisation permet d'approfondir les connaissances sur les troubles du neurodéveloppement et de réfléchir à l'adaptation de la pratique sophrologique auprès des enfants et de leurs familles.
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